dimanche 11 février 2018

TRUFFE ET MACHIN
Deuxième partie : Imaginer des choses qui n'existent pas


CHERCHER L’ENNUI…
Émile : Je trouve qu’il est important qu’un enfant soit confronté à l’ennui. Et surtout qu’on le laisse se confronter à l’ennui. C’est une manière pour lui d’aller chercher du potentiel et de faire fonctionner son imagination. S’ennuyer, c’est aussi prendre le temps de regarder autour de soi et se poser en spectateur du monde. Ça fait partie de l’apprentissage pour moi. Autant que d’apprendre à s’intégrer aux autres. Enfant, je m’ennuyais rarement. J’habitais à la campagne, avec une belle bande d’amis, avec qui il y  avait toujours des choses (pour ne pas dire des bêtises) à faire. Je dirais que l’ennui est arrivé après, mais qu’il n’a jamais été un problème pour moi. J’aime bien m’allonger et faire semblant de ne rien faire. Divaguer. Penser à des choses qui n’existent pas…
Camille : Oui je crois que tous les enfants connaissent des moments d’ennuis. Maintenant que je suis adulte, je me dis que j’aimerais bien avoir le temps de m’ennuyer un peu… Je crois que l’ennui nourrit l’imagination. Tous ces moments où en classe j’ai pu m’évader dans l’imaginaire… L’ennui, ça force à s’évader !


… CREER DES BETISES
Émile : J’ai toujours été fasciné par les bêtises et je m’y suis beaucoup adonné. Ce ne sont que des bons souvenirs, même si quelques fois, j’ai bien dû dépasser les bornes… C’est un peu une histoire d’adrénaline tout ça… et de transgression bien sûr… En fait, c’est un super cocktail, mais il ne faut pas le répéter aux enfants.
Camille: Je ne faisais pas trop de bêtises. J’étais assez raisonnable. En même temps, mes parents me laissaient pas mal de liberté, j’imagine donc que je ressentais moins le besoin de braver les interdits… Dans tous les cas, j’ai toujours été un peu stressée alors je ne faisais rien de dangereux…


Illustration de Camille Jourdy


Le réel ne suffit pas
Emile : Le réel ne suffit jamais, je pense. On associe tout le temps ce qu’on vit dans la réalité avec une dose de fantasmes et de projection. On pense à des choses qui n’auront jamais lieu ou qui ne pourrait même pas avoir lieu. On s’invente des histoires, on s’imagine en quelqu’un d’autre… Pour Truffe et Machin, c’est pareil. Ils s’autorisent juste à avoir une perception du monde différente et ils en jouent. C’est peut-être là leur rapport à la poésie… la combinaison du réel et de leur imagination fertile. Cela leur permet d'appréhender les choses d'une manière singulière. Et cette façon qu’ils ont d’aller sonder l’inconnu peut effectivement leur amener tout un lot de bricoles... Ils s'amusent à se faire peur, quitte à être dépassés par les événements.  Mais, en général, ils s’en sortent bien. Ils savent solutionner les problèmes qu'ils se sont créés.

APPARITION DE L'IMAGINATION
Emile : Ces trois histoires parlent de la recherche de quelque chose. Mais ce n’était pas un but en soi. L’important était de faire vivre l’aventure à Truffe et Machin, plus que d’organiser quelque chose de bien précis autour de l’apparition/disparition. Mon désir n’était pas forcément de faire résoudre une énigme aux lapins, mais plutôt de les faire se confronter à leur imagination. Il n’a jamais été question qu’ils trouvent exactement ce qu’ils cherchent. L’idée de décalage me plaît et je ne pense pas que pour le coup, ce soit trop écarté de la réalité. On vit rarement les situations comme on les avait imaginées. Ici, c’est la même chose. C’est le chemin parcouru qu'il m’a semblé intéressant de traiter.


Illustration de Camille Jourdy


UNE ECRITURE BIEN EMBERLIFICOTEE DU RICOCHET 
Emile :Une de mes principales envies en écrivant Truffe et Machin était de leur fabriquer un univers bien marqué. Le fait de construire des ponts entre les histoires sert à cela, en partie. J’espère que créer ce genre de liens permet d’avoir plus facilement une vision d’ensemble de leur monde. Et l’idée qu’une histoire puisse avoir un écho dans la suivante, amène (j’espère) une dose de richesse à la lecture. Je ne voulais pas écrire des histoires linéaires qui n’auraient pas de rapport entre elles. Il fallait que tout ça s’emberlificote pour qu’on rentre pleinement dans l’univers des lapins.

LE JEU DU DIRE
Emile : Je prends beaucoup de plaisir à faire dialoguer les personnages. Je les fais jouer. C’est une histoire de rythme, de musique et de réparties fines. Il faut que j’arrive à me faire rire à chaque tirade. C’est la part la plus intéressante du travail et j’essaie de faire pour que le côté narratif n’en pâtisse pas trop. Je prends du plaisir aussi pour la description mais cela me demande plus d’efforts alors qu’écrire des dialogues se rapproche nettement plus du jeu, pour moi. Je ne suis pourtant pas un modèle de communiquant dans la vraie vie… Voilà peut-être une manière de compenser.
Au niveau du style, je suis conscient que la langue employée par Truffe et Machin est particulière. Mais j’ai l’impression qu’écrire pour la jeunesse peut vite devenir contraignant si l’on se fixe des barrières de ciblage d’âge, etc… C’est le meilleur moyen pour produire quelque chose de lisse et de convenu à mon sens. J’ose espérer que ma façon de faire déroge un peu à la règle et que mon langage trouvera son public…


Illustration de Camille Jourdy


L’INTELLIGENCE DE L’INCONFORT
Emile : Je suis actuellement bibliothécaire et ce, depuis 5 ans environ. Avant ça j’ai été potier, aide-éducateur dans un foyer pour handicapés mentaux, salarié agricole et caviste dans une coopérative fromagère. J’ai essayé plusieurs métiers très éclectiques, et j’espère que j’en découvrirai d’autres… J’aime bien l’idée de ne pas se fixer professionnellement, même si ça apporte son lot d’incertitude.
Côté écriture, cela fait quelques années que je m’y essaie, de manière plus ou moins intensive. Comme je travaille en parallèle, il faut arriver à trouver le temps. Mais je dirais que l’envie est de plus en plus présente. J’ai écrit deux petits textes pour la revue Biscoto, qui ont été mes premières publications. C’est une super revue dirigée par Julie Staebler et anciennement Suzanne Arhex. Je le dis parce que la revue a décroché un fauve à Angoulême en février dernier, ce qui est une grande consécration… J’ai écrit quelques trucs qui dorment dans un placard et que je n’ai pas forcément envie de réveiller d’ailleurs. C’était nécessaire qu’ils existent, car ils participent de toute manière au processus de création. Mais ils n’ont pas d’intérêt à vivre autrement qu’enfermés dans un tiroir. Il y a des travaux auxquels j’attache beaucoup plus d’importance. Notamment deux pièces de théâtre officiellement terminées, mais que j’aimerais retravailler un peu. A part Beckett et Ionesco, le théâtre m’est complètement étranger. C’est mon attrait pour les dialogues qui m’a amené là. C’est le genre qui correspond le plus, je pense, à mes désirs d’écriture. Voilà où j’en suis.


Illustration de Camille Jourdy

dimanche 28 janvier 2018

COURIR LES RUES

Des romans, des chansons et poèmes, des scénarii et court-métrages, et maintenant, l’œil photographe. La création court les rues chez Audren.



Baker Street, 2015 © Audren


AUDREN: Baker Street, c’est une vieille chanson de Gerry Rafferty que je fredonne machinalement quand j’attends le métro à cette station.
« When you wake up, it’s a new morning
The sun is shining it’s a new morning
And you’re going, you’re going home… »

My Own Private Reality © Audren

Place d’Italie à Paris, la lumière est souvent extraordinaire. Il n’y a aucun trucage dans cette photo mais je ne livrerai à personne le secret de cette étrange réalité.

Empire Stat© Audren

L’Empire State Building, pendant les fêtes de fin d’année, il faut être  patient pour accéder au dernier étage et admirer la vue sur New York. Files de touristes en sueur dans leurs gros manteaux hivernaux, fouille, ascenseurs, couloirs… J’en avais vraiment assez de piétiner, d’attendre et de suivre le troupeau, je cherchais du calme et de l’air… J’ai  sorti ma tête hors de la foule, comme une nageuse de crawl qui reprend son souffle, et derrière un poteau, dans un coin interdit au public, j’ai aperçu ces trois fenêtres…


Nationale © Audren

Le métro aérien, la ligne 6, la lumière. Plaisir des yeux.


Colza © Audren

J’étais en voiture en banlieue parisienne, et entre deux villes moches et deux averses, j’ai eu la surprise de découvrir ce colza joyeux. 




lundi 22 janvier 2018

TRUFFE ET MACHIN
Première partie : Naissances

A l’origine ou les arts croisés
Emile : Je crois qu’au départ je voulais adapter un texte que j’avais écrit pour la revue Biscoto. Je voulais en faire quelque chose de plus consistant, et travailler avec Camille à l’illustration. Le texte s’appelait « Ivan le terrible » et il y était question d’une bande de lapins très naïfs qui partent en quête de nourriture. Finalement, je n’ai rien adapté du tout, mais j’ai gardé les lapins. Ce sont eux les responsables.
Camille : C’est tout d’abord Émile qui a commencé à écrire une première version de l’histoire de l’idée perdue (« Retrouver l’idée perdue »). J’ai alors fait des recherches pour les deux personnages: Truffe et Machin. Je savais qu’il y avait un grand et un petit. Au début je leur avais donné une allure trop grande, trop adulte… Je les ai dessinés plein de fois avant de les tenir à peu près. Et j’ai fait quelques recherches pour les décors et l’univers graphique. Émile a ensuite écrit d’autres histoires avec ces deux héros. Dans l’ensemble, nous travaillons chacun de notre côté mais en demandant très régulièrement l’avis de l’autre.

Camille Jourdy
répétition et conversation avec les personnages
Camille : Au départ, j’ai cherché à faire exister Truffe et Machin au travers du dessin. Pour cela, je les dessine beaucoup. Je dois savoir à quoi ils vont ressembler : petits, grands, quels habits portent-ils… Mais je dois aussi les faire vivre et donc les faire parler et bouger ! J’aime bien parler des personnages que je dessine comme de petits acteurs en train de naître. Pour bien jouer leurs rôles, ils doivent répéter un certain nombre de fois !
Ensuite je choisis les passages de l’histoire qui me paraissent importants ou bien qui m’inspirent pour un dessin ou une idée. Puis je fais un crayonné (voire même plusieurs) pour voir si cela fonctionne. Je fais également des recherches graphiques : décors, rapport texte/image, choix de la technique utilisée (ici c’est de l’acrylique avec un peu de crayon de couleur)… Pour réaliser l’image finale je me sers du crayonné, parfois en le repassant à l’aide de la table lumineuse. J’essaie de rendre l’image plus aboutie (plus propre et plus belle graphiquement) mais tout en gardant l’aspect spontané et expressif du crayonné.
Recherches sur Truffe et Machin
Emile : Partir d’une trame narrative me bloque pour écrire. J’ai essayé plusieurs fois mais je crois que pour moi, cette façon d’écrire est contre-productive. Je ne cherche pas à construire de cadre parce que j’ai besoin, je pense, d’avoir le champ libre tout le long du processus d’écriture et de conserver une grande part de mystère dans le déroulement de l’histoire. J’aime bien l’idée que tout ça doit rester mystérieux. Au mieux, je fais des plans pour le dialogue d’après… ce qui peut m’obliger à faire prendre une direction à l’histoire pour pouvoir insérer le dialogue en question. C’est assez tordu et anarchique, en fait.
Je dirais que je pars d’une idée, qui en amène une autre, etc… L’histoire se dessine au fur et à mesure. Cette méthode me va bien parce qu’elle me permet de me laisser surprendre par le récit et d’instaurer un dialogue permanent avec les personnages pour savoir où aller. Un dialogue dans l’urgence. Et puis, je pense que j’ai besoin de ne pas avoir totalement le contrôle, de laisser sortir les choses comme elles doivent sortir, et non de les faire rentrer dans un cadre, construit au préalable. Tout doit être malléable au maximum.


Camille Jourdy



Truffe et Machin
Emile : Machin se laisse vite emporter par son imagination et ses émotions. Je dirais que c’est le plus créatif des jumeaux. Truffe, lui, est plus un directeur d’opérations. Ils sont assez complémentaires, en fait. Je ne me souviens pas leur avoir cherché de prénoms. Ils ont dû surgir et s’imposer un jour où je passais l’aspirateur…




FAMILLE COMPOSEE
Emile : Il n'y pas eu de réflexion en amont, sur la composition familiale. L'idée d'une mère à la fois douce et autoritaire s'est imposée. Le fait que ce soit un personnage qui n'intervienne qu'à la fin des histoires me plaît. Elle sert de cadre à Truffe et Machin, qui ont tendance à se disperser. Même si ses explications leur passent souvent au-dessus de la tête... Elle est le personnage rassurant nécessaire à leurs débordements. Sans elle, je pense qu'ils ne se permettraient pas tant d'audace.
Pour le personnage du père, c'est différent. A vrai dire, initialement, il a été oublié. Du moins, aucune place ne lui avait été prévue. Quand il m’a été fait cette remarque, j'ai préféré ne pas y remédier personnellement. Je me suis dit que si la figure paternelle n'avait pas fait partie de mes plans, c'est qu'il y avait peut-être une raison. Et je ne tiens pas à me l'expliquer. Tout cela fait partie des conséquences de l’écriture spontanée. Il en sort forcément des choses sur lesquelles nous n'avons que très peu d'emprises et qui naissent en nous échappant. C'est une manière de laisser un peu de soi s'évacuer... et je peux m'en amuser. Par contre, je laisse le soin de l'analyse à ceux qui en trouveraient de l'intérêt... Bref... C'est donc Camille qui s'est occupée du père. Il est un acteur que l'on voit s'affairer, souvent au second plan, mais qui finalement est présent... Équilibre rétabli, in extremis...

lundi 15 janvier 2018

REGARDER LE MONDE

Rencontre avec Cédric Philippe, illustrateur de La petite épopée des pions, qui cherche à faire résonner ses dessins avec « des pensées secrètes, profondes ou aventureuses chez ceux qui lisent ou écoutent (s)es histoires ».

Illustration de Cédric Philippe (La petite épopée des pions)
Des mondes imaginaires
Je voulais être enseignant-chercheur en physique et garder l’art comme un loisir, peut-être parce qu’il arrive à l’art de mourir quand il doit remplir l’assiette de quelqu’un. Faute de temps j’ai dû choisir l’un ou l’autre. Les professeurs de classe préparatoire ne comprenaient pas pourquoi, ayant décidé de partir pour l’art, je suivais toujours leurs cours. J’aimerais deux vies, pour approfondir l’art et la science chacun de leur côté.
Les mathématiques forment des mondes imaginaires autant que les romans. Quand on étudie en physique le mouvement des planètes, des espaces infinis, inconcevables, ou la couleur d’un électron qui vibre, on est obligé de rêver puisqu’on ne peut pas percevoir les choses qu’on tente de saisir par les formules. C’est une façon d’aborder des mondes connus ou inaccessibles ou imaginaires ; l’écriture ou le dessin en sont d’autres tout aussi précises.
Il s’agit peut-être de poser des questions, et d’esquisser des réponses.
Je me demande comment par l’art, on expliquerait le bleu du ciel.

Illustration de Cédric Philippe (La petite épopée des pions)
Dégoupiller par tous les moyens les instants
J’aime essayer, j’aime faire, et je pousse le hasard dans les directions qui m’attirent. Les talents des autres et la vie me donnent envie alors je les essaie, et parfois je découvre des choses par moi-même. Cela tient surtout à la curiosité excessive que mes parents, Roger Hargreaves et d’autres ont su ouvrir en moi et à tout ce qu’engendre, comme chacun sait, cette vilaine manie d’être curieux.
Je choisis les techniques narratives en fonction de ce que je souhaite raconter, ou parce qu’elles me semblent nouvelles et fascinantes. Quand on se frustre de réaliser qu’un dessin est immobile, la vidéo ou l’animation sont parfaites pour lui donner vie ou l’allonger dans le temps. C’est très plaisant de voir s’agiter sur l’écran un lièvre ou une robe qui n’existe que fixement sur une page de carnet. Et j’aime fabriquer des objets, ou rendre à des objets ces existences qu’on leur oublie dans la vie de tous les jours ; faire qu’une chaussette tousse des cadeaux ou qu’un bloc de post-it soit une pile de fenêtres ouvertes sur l’inconnu. Quelqu’un parlait —je ne sais plus qui— de dégoupiller le potentiel extraordinaire de chaque instant.
Après avoir dessiné ou écrit pendant des mois sur du papier bidimensionnel, c’est aussi agréable de toucher du bois, de la mousse, de scier, d’assembler, de tordre, pour fabriquer quelque chose. Je pense que c’est très important que les enfants d’aujourd’hui continuent à jouer aux Legos ou bricolent des cabanes dans les bois, et regardent les oiseaux.

Vies du trait
J’adore la couleur parce qu’elle chante et emporte et émeut. Mais en rapport avec le texte, je m’en méfie parce qu’elle est bavarde, parfois trop, et il lui arrive de dire tellement que le lecteur n’a plus rien à imaginer. Le noir et blanc permettent une liberté d’interprétation parfois plus grande et placent d’emblée le dessin dans un monde qui n’est pas celui du réel.
Dans la plupart des romans illustrés, le blanc de la page est aussi l’espace au-delà des mots imprimés, celui dans lequel on s’évade pour construire l’histoire. Si ce blanc est aussi le blanc de l’illustration, l’histoire que le lecteur imagine traverse à la fois l’image et le texte pour s’épanouir dans cet espace commun. On vit cela en lisant les Moomins, par exemple.
Le trait me plaît parce qu’un trait d’encre c’est franc, c’est direct, c’est vif ; ça dit quelque chose sans fioritures et si c’est bien dit, personne n’a besoin de se torturer l’esprit pour comprendre de quoi il est question. Et puis si l’on dessine vite, ce trait donne une énergie au dessin, ou un rythme, ou une vitesse : une vie. Et le trait noir est proche visuellement des lettres sur la page, dans une page qui contient du texte et des dessins au trait on garde une belle unité.
Illustration de Cédric Philippe (La petite épopée des pions)

Je voudrais ajouter avant de partir une phrase de Gianni Rodari que j’aime beaucoup, tirée de sa Grammaire de l’imagination (Grammatica della fantasia) : « On peut regarder le monde à hauteur d'homme, mais aussi du haut d'un nuage. On peut rentrer dans la réalité par la porte principale ou s'y faufiler - c'est beaucoup plus amusant - par une lucarne. »
Et bon voyage !
Illustration de Cédric Philippe (Les fleurs sucrées des trèfles)

jeudi 4 janvier 2018

LA FABRIQUE DE TRUFFE ET MACHIN


Camille Jourdy : Au départ, j’ai cherché à faire exister Truffe et Machin au travers du dessin. Pour cela, je les ai beaucoup dessinés. Je dois savoir à quoi ils vont ressembler : petits, grands, quels habits portent-ils… Mais je dois aussi les faire vivre et donc les faire parler et bouger ! J’aime bien parler des personnages que je dessine comme de petits acteurs en train de naître. Pour bien jouer leurs rôles, ils doivent répéter un certain nombre de fois !

Recherches, esquisses, réflexions autour des personnages de Truffe et Machin et...

Camille Jourdy


... quelques répétitions plus tard

Illustration de Camille Jourdy extraite de Truffe et Machin d'Emile Cucherousset

mardi 2 janvier 2018

RENCONTRE DANS LA FORET
Audren, La petite épopée des pions




A l’origine des sasha
Lorsque j’étais enfant, dans le chalet ou je passais mes vacances, je jouais souvent avec un coffret en bois exotique, abritant des pions. A chaque fois que je l’ouvrais, j’en sortais rapidement tous les pions. Je ne voulais pas les faire attendre plus longtemps. J’étais persuadée que j’étais en train de leur offrir un moment de liberté. Je les observais, j’attendais qu’ils s’échappent, qu’ils partent en courant, qu’ils vivent enfin leur vie… Mais rien de tout cela ne se produisait. Leur sagesse m’inquiétait un peu. Ces pions ont toujours été très vivants dans ma tête. J’éprouvais toujours de la peine à les ranger et les renfermer dans le noir.
Mes Sasha-pions, eux, devaient trouver eux même cette liberté que j’avais tenté de leur offrir étant enfant, et vivre pour de bon. En ce qui concerne le prénom Sasha, j’ai tout d’abord cherché un prénom commun pour tous les pions. Un prénom mixte (ni homme ni femme chez les pions ; la neutralité s’imposait) et international (l’histoire pouvait se passer n’importe où). Mais je savais que mon héros devait porter un surnom qui inclurait le mot halluciné. J’ai donc trouvé dans ma liste mixte et internationale, un prénom se terminant par HA afin de pouvoir fabriquer le surnom du héros « Sashalluciné ».
Comme dans mon enfance, je personnifie encore souvent les objets, les végétaux et m’adresse parfois à eux. J’aime aussi les dessins animés dans lesquels on rencontre des théières, des voitures, des éponges ou des fleurs qui parlent. Je cherche partout des signes d’humanité… quand je n’en trouve pas assez chez les êtres humains, j’en invente ailleurs.
Illustration de Cédric Philippe


Le (petit) trot des chevaux
Selon le dictionnaire, une épopée est un  « long récit poétique d’aventures héroïques où intervient le merveilleux ». Mon récit était court mais il me semblait, qu’en dehors de sa taille, il répondait parfaitement à la définition de l’épopée. J’ai donc simplement ajouté « petite » à mon titre afin qu’il soit tout à fait en accord avec mon histoire. Même si cela n’a rien à voir avec le texte, l’allitération en p m’évoque à la fois le trot des chevaux tirant une voiture sur une rue pavée et pluvieuse… et les gestes précis et extrêmement rapides des écureuils ou des petits rongeurs dans leurs occupations quotidiennes. On retrouve tout de même dans mes associations, l’idée de voyage, de déplacement, de vie accélérée. J’aime aussi la musicalité de ces quelques mots, semblable à celle d’une comptine. Je voulais que la douceur de l’enfance transparaisse malgré tout dans ce titre annonçant d’une manière très classique des exploits légendaires. Si je devais qualifier ce texte, je dirais qu’il est un vade-mecum (dans son sens non-dentifricial)
Illustration de Cédric Philippe
De l’insurrection
Ce ne sont pas les périodes obscures qui me poussent à écrire l’insurrection mais les gens ternes qui s’enlisent, sans réagir, dans ces périodes obscures et les rendent alors encore plus sombres. Ces personnes-là, on les retrouve à toutes les époques. L’uniformisation, la renonciation, l’acceptation sans réflexion préalable me désolent. Peu d’artistes présentent, par exemple, des défauts sur la tranche, au contraire de Sashalluciné.
La musique qui accompagne ma réponse : « Think ! »  d’Aretha Franklin
«… People walking around everyday, playing games, taking scores
Trying to make other people lose their minds
Well be careful, you’re gonna lose yours … »
Il faut lutter, s’accrocher. Contrôler son existence, la façonner, faire ses propres choix, avancer, contourner les obstacles, être curieux, apprendre… apprendre beaucoup, s’améliorer, contempler, aimer...

Lire également Dans le ventre de la baleine, Nouvelles de Polynies

La petite épopée des pions, Audren, illustrations de Cédric Philippe, Petite Polynie.
En librairie le 18 janvier
EN ROUTE POUR LES POLYNIES



Illustration de Camille Jourdy extraite de Truffe et Machin d'Emile Cucherousset, Petite Polynie